Le dernier BuSCA
BuSCA n°
151
- 06/03/2026
Editorial
Le comité de rédaction du bulletin de veille sanitaire internationale de la Plateforme de surveillance de la chaîne alimentaire (SCA) vous présente l’actualité de la quinzaine passée, marquée en Europe par des investigations portant sur la présence de céréulide dans des laits infantiles. Des données caractérisent également l’antibiorésistance des principales bactéries zoonotiques dans la chaîne alimentaire et la contamination de denrées par les mycotoxines. Bonne lecture !
Biologique
Bilan
Europe, bactéries zoonotiques résistantes aux antibiotiques, Homme et animaux
L’Efsa dresse son bilan 2023 – 2024 de la surveillance de la résistance aux antimicrobiens chez les principales bactéries zoonotiques. Comparé à 2022, une augmentation de la résistance de Salmonella spp. à la ciprofloxacine a été observée chez les poulets de chair et les dindes. S. Typhimurium monophasique demeure le sérovar présentant les niveaux les plus élevés de résistance à l’ampicilline, à la ciprofloxacine et à la tétracycline, une caractéristique du clone le plus fréquent (ST 34) circulant au sein de l'UE. Concernant les antibiotiques de dernier recours, la résistance à la tigécycline a été principalement observée chez S. Infantis isolée de volailles, S. Rissen et S. Typhimurium monophasique chez les porcs. Entre 2023 et 2024, la résistance à la ciprofloxacine de C. jejuni et C. coli est restée très élevée chez l'Homme et les animaux de rente ; des niveaux élevés ont également été constatés chez E. coli, isolé de poulets de chair et de dindes. Dans huit États membres, des isolats d'E. coli porteurs de gènes de carbapénémases ont été identifiés chez des poulets de chair, des dindes, des porcs, des veaux et dans la viande de porc, justifiant un suivi approfondi. Les données indiquent toutefois des progrès encourageants dans la réduction de la résistance aux antimicrobiens chez les animaux producteurs de denrées alimentaires dans plusieurs États membres au cours de la dernière décennie. Lien 1
Suivi
France, céréulide, alimentation infantile
Vendredi 27 février, le Ministère en charge de la santé a annoncé pour la première fois en France, la détection de la toxine céréulide dans les selles d’un nourrisson ayant été hospitalisé à Montpellier après avoir consommé un lait visé par une procédure de rappels. D’après le Ministère de la santé ce résultat confirme que l’enfant concerné a été exposé à cette toxine sans pour autant permettre d’établir un lien de cause à effet avec la consommation de lait infantile. Pour démontrer une telle causalité, il faudrait notamment identifier la toxine - ou la bactérie productrice Bacillus cereus - à la fois dans le lait incriminé et chez le patient, établir une concordance entre l’ingestion du produit et l’apparition des symptômes et constater des signes cliniques caractéristiques d’une intoxication. Les autorités sanitaires ont d’ores et déjà averti qu’une telle démonstration pourrait s’avérer complexe. En France, trois décès ont été signalés parmi les nourrissons ayant consommé des laits concernés par les rappels, ainsi qu’une dizaine d’hospitalisations, dans un contexte d’enquête toujours en cours. Lien 1
Suivi
Europe, céréulide, alimentation infantile
L’EFSA et l’ECDC ont publié un bilan sur les événements liés à la céréulide en Europe. En décembre 2025, plusieurs entreprises agroalimentaires ont lancé des rappels dans différents pays concernant des lots et marques de laits infantiles contenant une huile d’acide arachidonique contaminée par la céréulide. Entre le 19 décembre 2025 et le 13 février 2026, quatre pays ont rapporté des cas liés à la consommation de produits dans lesquels la céréulide a été détectée : l’Autriche (4 cas suspectés), la Belgique (5), le Luxembourg (3) et le Royaume-Uni (44). Trois autres pays ont signalé des nourrissons symptomatiques ayant consommé des lots rappelés, le Danemark (32 cas suspectés), l’Espagne (41) et la France (11). Certaines hospitalisations ont été nécessaires en raison de déshydratations. L’identification des cas est complexe, principalement en raison de difficultés de diagnostic. Des mesures de contrôle à grande échelle ont été mises en œuvre pour retirer rapidement les produits contaminés du marché européen. Lien 1
Étude
Chine, Salmonella enterica, produits de la pêche et de l’aquaculture
Dans le cadre d’un programme de surveillance mené en Chine, 728 isolats de Salmonella enterica non typhiques ont été collectés entre 2015 et 2022 à partir de produits aquatiques, dont 560 provenant d’eau douce et 168 d’eau de mer. Les sources principales étaient les escargots (367/728, 50,5 %), les poissons (227/728, 31,2 %), les crevettes (56/728, 7,7 %), les mollusques bivalves (44/728, 6,0 %). Au total, 88 sérovars et 100 ST ont été identifiés, dominés par S. Thompson ST26 (14,7 %), suivi de S. Newport ST46 (6,5 %) et S. Derby ST40 (5,4 %). Les gènes de résistance aux antibiotiques concernaient majoritairement la résistance à la tétracycline (39,1 %), l’ampicilline (33,5 %) et le chloramphénicol (28,0 %), avec 57 souches résistantes à plusieurs antimicrobiens d’importance critique, notamment les céphalosporines de troisième génération et les fluoroquinolones. Lien 1
Chimique
Bilan
Allemagne, mycotoxines, boissons végétales
Le BfR a évalué la présence de mycotoxines dans 162 boissons végétales (soja, amande, avoine) commercialisées en Allemagne en 2024 et 2025. L’aflatoxine B1 (AFB1), a été détectée dans la majorité des boissons à l’amande (31/39). Le BfR estime qu’un risque sanitaire pour les jeunes enfants est possible, avec une probabilité jugée « moyenne ». Le déoxynivalénol (DON) a été fréquemment détecté dans les boissons à l’avoine (67/86), mais le risque d’effets sanitaires est considéré comme improbable. Les toxines T-2 et HT-2, présentes dans tous les échantillons de boissons à l’avoine, présentent également un risque jugé faible, bien que l’exposition cumulée via d’autres produits à base d’avoine puisse l’augmenter. La réglementation européenne sur les mycotoxines (notamment le Règlement (UE) 2023/915, qui fixe des teneurs maximales pour certaines mycotoxines dans les aliments) s’applique mais ne contient pas de seuils spécifiques pour les boissons végétales. Lien 1
Étude
Espagne, aflatoxine M1, fromages
Une étude a recherché l’aflatoxine M1 (AFM1) dans 100 échantillons de fromages, collectés en 2024, en Espagne au stade de la distribution. Au total 51 % des échantillons présentaient une concentration détectable (> 8 ng/kg), avec des concentrations comprises entre 8,1 et 471 ng/kg. Il n'existe pas de TM fixée en Europe pour l'AFM1 dans les fromages, seule une TM de 50 ng/kg est fixée pour la matière première (lait). Les fromages au lait de vache étaient significativement plus contaminés (68 % ; moyenne 43 ng/kg) que ceux de brebis ou de chèvre. Le degré d'affinage du fromage n'a pas influencé significativement la contamination des produits. Toutefois la fréquence et les concentrations moyennes observées dans les fromages frais (63 % et 53 ng/kg) ont été supérieures à celles observées dans les fromages affinés (48 % et 13 ng/kg) et semi-affinés (43 % et 11 ng/kg), ceci probablement en raison de la fixation d’AFM1 aux micelles de caséine du lait. Lien 1
Étude
Italie, mycotoxines, succédanés de viande
Dans une étude, 30 substituts végétaux de viande commercialisés à Messine (Sicile, Italie) en 2025 ont été analysés pour rechercher l’aflatoxine B1 (AFB1) et l’ochratoxine A (OTA). L’OTA et l’AFB1 ont été quantifiées dans tous les échantillons, avec des concentrations pouvant atteindre 2,9 µg/kg pour l’OTA et 0,98 µg/kg pour l’AFB1. L'AFB1 a été majoritairement détectée dans les produits à base de légumineuses, tandis que l'OTA était plus fréquente dans les produits à base de céréales. Aucun échantillon ne dépassait la limite réglementaire fixée à 3 µg/kg pour l’OTA dans les produits céréaliers transformés (Règlement UE 2023/915), les substituts végétaux ne disposant pas de seuil spécifique. Dans un scénario conservateur où la consommation serait entièrement substituée (224 g/jour), les marges d’exposition pour l’AFB1 et l’OTA étaient en dessous du seuil indicatif de 10 000 retenu par l’EFSA pour les substances génotoxiques et cancérogènes, ne permettant pas d’exclure un risque pour ces consommateurs. Lien 1
Étude
États-Unis, éléments traces métalliques, chocolat
Une étude a évalué la présence d’arsenic (As), de cadmium (Cd), de plomb (Pb) et de mercure (Hg) dans 36 tablettes de chocolat (lait et noir) issues de six marques commerciales achetées en 2023 aux États-Unis. Le Cd et le Pb ont été quantifiés dans les 18 tablettes de chocolat noir et aucun échantillon de chocolat au lait ne dépassait la limite de quantification. Les concentrations moyennes dans les 36 échantillons étaient respectivement de 5,9 µg/kg pour l'As, 56,8 µg/kg pour le Cd, 1,6 µg/kg pour le Hg et 24,0 µg/kg pour le Pb. Aucune concentration ne dépassait les limites fixées par la réglementation américaine. Lien 1
Étude
Bangladesh, microplastiques, huile de soja
Une étude publiée a rapporté la détection de microplastiques (MP) dans 60 échantillons d’huiles de soja collectés à Dhaka (Bangladesh). Les concentrations moyennes atteignent 53 922 ± 10 510 particules/L, significativement plus élevées dans les huiles non étiquetées (59 778 ± 11 648 particules/L) que dans les huiles étiquetées (48 067 ± 4 683 particules/L ; p < 0,05), avec un maximum de 70 467 particules/L. Les fibres représentent 82,5 % des particules, avec des tailles comprises entre 101 et 500 µm et entre 501 à 1000 µm dans respectivement 35,8 % et 33,2 % des échantillons. Six types de polymères ont été identifiés : le polyéthylène basse densité, le polyéthylène haute densité, le polypropylène, le polyéthylène téréphtalate, le polyuréthane et le nylon. Lien 1
Étude
Brésil, mycotoxines, bière
Dans une étude, 13 mycotoxines ont été recherchées dans 87 bières brésiliennes de 30 marques différentes (alcoolisées et sans alcool) achetées en 2024. Des mycotoxines ont été détectées dans 94,3 % des échantillons, la fumonisine B1 associée principalement au maïs, était la plus fréquente, tandis que le 15-acétyldeoxynivalénol présentait la concentration moyenne la plus élevée (190 ng/mL). L’ochratoxine A n’a pas été détectée. L’UE fixe des TM pour les fumonisines (B1 + B2) dans le maïs et pour le DON dans les céréales et produits dérivés mais pas spécifiquement dans la bière ou autres boissons fermentées. Lien 1
Étude
Monde, éléments traces métalliques, légumes
Une revue systématique de la littérature (30 articles) a analysé les concentrations en éléments traces métalliques dans les légumes (feuilles, racines, tiges) en Asie, Europe, Afrique et Amérique du Nord. Le cadmium (Cd), le plomb (Pb) et le chrome (Cr) sont les contaminants les plus fréquemment rapportés au-delà des limites fixées par la FAO, l’OMS ou l’UE, en particulier dans les légumes-feuilles où les concentrations pouvaient atteindre 1,25 mg/kg pour le Cd (TM en UE : 0,20 mg/kg) et 5,40 mg/kg pour le Pb (TM en UE : 0,30 mg/kg). Plusieurs études ont signalé des risques accrus de survenue de cancer en lien avec l’exposition au Cd, Pb, As et Cr, par l’ingestion des légumes feuilles, notamment en Asie du Sud, région la plus affectée en lien probablement avec l’irrigation par eaux usées et les émissions industrielles. Lien 1
Étude
Monde, mycotoxines, chaîne de production de viande
Une revue systématique visant à cartographier des moisissures mycotoxinogènes comme Aspergillus et Penicillium le long de la chaîne de production de viande a été réalisée. Aspergillus et Penicillium ont été détectés à tous les stades et dans de multiples matrices : air, surfaces, équipements, insectes, abats, carcasses, viandes et produits carnés, avec une diversité maximale au stade de la transformation. Plusieurs espèces associées à la production d’AFB1 et d’OTA ont été régulièrement identifiées dans l’ensemble des filières. (A. flavus, A. ochraceus, P. nordicum, P. verrucosum), P. aurantiogriseum, P. chrysogenum, P. citrinum et P. nordicum ont été identifiés dans des échantillons de viande, y compris des carcasses. Toutefois, les données quantitatives de prévalence et de concentrations restent hétérogènes et fragmentaires. L’étude souligne l’absence de valeurs limites harmonisées en UE pour les mycotoxines dans la viande, et recommande une surveillance fongique standardisée intégrée aux systèmes HACCP. Lien 1
Étude
Monde, baryum, noix du brésil
Une revue systématique regroupant 24 publications publiées entre 1933 et 2023 a été menée afin d’évaluer les teneurs en baryum (Ba) dans les noix du Brésil (Bertholletia excelsa). La concentration moyenne rapportée était de 1,27 mg/g (IC95 % : 0,89 - 1,64), avec des pics notables en Guyane (5,89 mg/g) et au Japon (4,37 mg/g). Pour un adulte de 70 kg, la consommation de trois noix/jour (15 - 19 mg Ba, soit 0,214 à 0,271 mg/kg pc/j) dépasserait la DJT actuelle (0,2 - 0,21 mg/kg pc/j), et 2 noix/jour pourraient déjà excéder ce seuil dans certaines régions (Allemagne, Guyane, Japon). Les données montrent une forte variabilité géographique. Lien 1
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