Le dernier BuSCA
BuSCA n°
153
- 02/04/2026
Editorial
Le comité de rédaction du bulletin de veille sanitaire internationale de la Plateforme de surveillance de la chaîne alimentaire (SCA) vous présente l’actualité de la quinzaine passée. Dans ce BuSCA vous trouverez notamment le bilan SpF des TIAC signalées en France en 2023 ainsi qu’un avis de l’Anses sur les leviers identifiés pour diminuer l’imprégnation de la population française au cadmium.
Bonne lecture !
Biologique
Évènement
France, Listeria monocytogenes, charcuteries
En France, 12 cas confirmés de listériose ont été signalés aux autorités sanitaires entre octobre 2025 et janvier 2026, dont deux décès chez des patients âgés de plus de 75 ans. Les investigations épidémiologiques et de traçabilité ont relié ces cas à des charcuteries cuites (notamment caillettes, pâtés en croûte) produites par un même établissement dans la Drôme. Les prélèvements officiels ont confirmé la présence de la souche bactérienne épidémique dans un des produits de l’entreprise. Lien 1 Les charcuteries, commercialisées entre le 17 janvier et le 28 février 2026, ont fait l’objet d’un retrait-rappel national. Lien 2
Étude
France, Blastocystis spp., huitres
Blastocystis spp. est un parasite intestinal transmis par voie oro-fécale, principalement via l’eau ou les aliments contaminés. Une étude menée en France a évalué sa présence dans les huîtres issues de trois zones conchylicoles (Arcachon, Bourgneuf, Marennes-Oléron). Sur les 360 huîtres sauvages analysées en 2021 (Magallana gigas), seulement cinq échantillons (1,4 %) étaient contaminés, contre 19,2 % (23/120) lors de la campagne de 2024, limitée à la zone de Marennes-Oléron. Ces différences pourraient s’expliquer par une dégradation de l’ADN ou des changements dans les protocoles d’analyse. En parallèle, 1,9 % des 210 échantillons de plancton prélevés présentaient une contamination, ce qui indique une circulation environnementale du parasite. Dans les huîtres, onze séquences types (ST1 à ST7, ST21, ST26, ST30, ST44) ont été identifiées. Cette diversité suggère que les huîtres ne sont pas des hôtes naturels du parasite, certaines ST étant plutôt associées à des contaminations fécales d’origine humaine (ST1 à 4) ou animale (ST6, ST7, ST44). Lien 1
Étude
Monde, contaminants microbiologiques, cacao et produits chocolatés
Une étude a analysé l’ensemble des notifications officielles émises entre 2014 et 2025 par les autorités sanitaires européennes, américaines, australiennes et asiatiques, signalant la présence de contaminants microbiologiques dans le cacao et les produits chocolatés. Sur les 125 notifications recensées, la majorité a été déclenchée par des contrôles sur les points de vente ou des plaintes de consommateurs (46 %) ou par des contrôles aux frontières (45 %). Près de 97 % de ces notifications (n=121) ont été émises à partir de 2020, principalement par le Canada et la Corée du Sud. Elles concernaient surtout la détection de Salmonella spp. (n=70) et des dépassements de flore totale microbienne (n=43). Les produits chocolatés (n=69) et le chocolat (n=38) étaient les catégories les plus signalées, suivies par les produits contenant du chocolat (n=9) et la poudre de cacao (n=7). Les fèves de cacao et la pâte de cacao n’étaient concernées que par une notification chacune, ce qui pourrait s’expliquer par un échantillonnage moins important pour ces deux catégories. Lien 1
Bilan
France, TIAC, surveillance
D’après le dernier bilan publié par Santé publique France, 2 231 toxi-infections alimentaires collectives (TIAC) ont été déclarées en 2023, touchant plus de 22 000 personnes. Ce chiffre est le plus élevé enregistré depuis 1987, année où les TIAC sont devenues des maladies à déclaration obligatoire. Près de 42 % de ces TIAC étaient liées à des repas dans des restaurants. Comme les années précédentes, Salmonella spp. (31 %) demeure l’agent pathogène le plus fréquemment impliqué dans les TIAC à agent confirmé. Bacillus cereus, Staphylococcus aureus et Clostridium perfringens, étaient suspectés dans 70 % des TIAC pour lesquelles un agent n'a pu être confirmé sur le plan microbiologique. Pour 31 % des TIAC avec un agent confirmé ou suspecté, les aliments incriminés étaient des plats composés, rendant impossible l’identification de la source primaire. Néanmoins, les matrices les plus fréquemment impliquées incluaient les coquillages (12 %), la viande (11 %), la viande de volaille (10 %), les denrées d’origine végétale (9 %) et les œufs (6 %). Lien 1
Chimique
Étude
Finlande, propionate de calcium, galettes de blé (tortillas)
En Finlande, une épidémie alimentaire aiguë en milieu scolaire affectant 721 personnes avec des symptômes gastrointestinaux a été signalée en août 2023. L’analyse épidémiologique a identifié une association forte avec la consommation de galettes de blé (tortillas). Par la suite, les analyses chimiques ont révélé des concentrations de propionate de calcium pouvant atteindre 24 730 mg/kg dans des échantillons de tortillas servies par les cantines scolaires, soit plus de 10 fois la limite réglementaire européenne autorisée pour cet additif (2 000 mg/kg). Le fabricant n’a pas pu identifier de cause dans le processus expliquant ces concentrations anormales. Lien 1
Étude
États-Unis, PFAS, denrées d’origine animale
Aux États-Unis, une étude s’est appuyée sur la cohorte NHANES (2003-2020) afin d’analyser le lien entre la consommation de produits animaux et les concentrations sériques en PFAS chez près de 16 000 participants âgés de 12 à 85 ans. Les concentrations sériques totales (somme de 7 PFAS) ont diminué d’environ 75 %, passant de 29,85 ng/ml en moyenne en 2003-2204 à 7,86 ng/ml en 2017-2020, principalement en raison de la baisse des concentrations sériques en PFOS et en PFOA. Cette réduction semble attribuable aux mesures réglementaires plutôt qu’à des changements majeurs dans les habitudes alimentaires, celles-ci étant restées globalement stables sur la période étudiée. Les crustacés et mollusques bivalves étaient les principaux déterminants alimentaires associés à une augmentation des concentrations sériques en PFAS, tandis que la viande présentait une association modérée et le poisson des liens faibles ou incohérents. Par ailleurs, les concentrations sériques étaient plus élevées chez les hommes et les personnes âgées. Lien 1
Étude
États-Unis, PFAS, chair de poissons
Dans une étude aux États-Unis, la contamination en PFAS a été estimée dans 13 échantillons d’aliments destinés à l’aquaculture et choisis en raison de leur utilisation pour l’élevage d’espèces fortement consommées (truite, tilapia, saumon etc.). Ces aliments, composés d’un mélange d’ingrédients d’origine végétale et animale, contenaient 15 des 29 PFAS recherchés, parmi lesquels le PFOS, le PFNA, le PFDA et le PFUnA étant les plus communs. Le PFOS était notamment détecté dans l’ensemble des échantillons avec des concentrations atteignant 2,73 µg/kg. Un essai expérimental de 63 jours a ensuite été mené sur des tambours rouges d’élevage (Scianeops ocellatus) nourris avec ces aliments contaminés. Seul le PFOS a été détecté dans les filets (n=204) et les foies (n=95) des poissons. Chez les individus exposés à l’aliment le plus contaminé, le PFOS était présent dans 70,8 % des filets, avec une concentration moyenne de 0,09 µg/kg, bien en dessous du seuil européen de 2 µg/kg (Règlement (UE) n°2023/915), contre 0 % chez les poissons faiblement exposés. Lien 1
Étude
Chine, mycotoxines, piments
Une campagne de surveillance menée entre 2023 et 2025 sur 10 marchés de Guangzhou (Chine) a permis l’analyse de 66 échantillons de piments (33 frais, 33 séchés) présentant des symptômes d’infection par des champignons. Malgré ce biais de sélection, l’étude donne des indications sur les concentrations qui peuvent être retrouvées dans ces produits. La totalité des échantillons de piments séchés était contaminée par le déoxynivalénol (concentration moyenne : 560 µg/kg), l’aflatoxine B1 (AFB1, 82 µg/kg), l’ochratoxine A (49 µg/kg), et la fumonisine B1 (67 µg/kg) avec des concentrations moyennes élevées. Les piments frais montraient des niveaux de contamination plus faibles. Pour l’AFB1 la concentration moyenne dépassait le seuil réglementaire européen pour les piments séchés (5,0 µg/kg), avec une concentration maximale mesurée de 1 740 µg/kg dans un échantillon. Lien 1
Étude
Chine, perchlorate, chaîne alimentaire
La population chinoise est particulièrement exposée au perchlorate du fait de la position de la Chine comme premier producteur mondial de feux d’artifice et d’engrais. Dans ce contexte, une étude a rassemblé plus de 1 000 jeux de données issus de la littérature, couvrant 12 catégories alimentaires, afin d’établir une cartographie de l’exposition de la population chinoise. Les principaux contributeurs à l’exposition identifiés sont les légumes (52 %) et céréales (24,4 %). L’étude révèle également des disparités régionales marquées : dans le sud du pays les produits aquatiques contribuent particulièrement à l’exposition (25,2 %) tandis que dans le nord-ouest le premier contributeur identifié est le thé (33,3 %). Par ailleurs, les régions centrales et orientales, caractérisées par une intense activité agricole et industrielle, affichent des niveaux de contamination particulièrement élevés. L’étude met en lumière une présence quasi systématique du perchlorate dans certaines matrices, notamment le thé, qui présente aussi la concentration médiane la plus élevée (51,85 µg/kg). Lien 1
Étude
Chine, résidus de pesticides, thés
Dans une étude menée en Chine, la présence de résidus de pesticides a été recherchée dans 350 échantillons de thé pré-emballés, prélevés au stade de la distribution en 2024. Parmi les 46 pesticides recherchés, 16 ont été détectés, appartenant essentiellement à des familles d’insecticides et fongicides. Le dinotéfuran (25,2 %, non approuvé dans l’UE), l’acétamipride (23,3 %) et l’imidaclopride (21 %, non approuvé dans l’UE) étaient les plus fréquemment retrouvés. Par ailleurs, des dépassements des LMR fixées en Chine ont été observés pour quatre pesticides non approuvés dans l’UE : le méthomyl (6 %), l’ométhoate (4,9 %), l’imidaclopride (2 %) et le carbofuran (0,3 %). Lien 1
Étude
Monde, microplastiques, thés
Une revue systématique de la littérature a identifié 19 études (principalement en Europe et Asie) qui documentent la contamination des feuilles de thé, sachets de thé et thés infusés par les micro- et nano-plastiques (MNP). Les études rapportent des concentrations comprises entre 0 et 110 MNP/L dans les thés embouteillés tandis que les feuilles de thé présentent des concentrations pouvant atteindre 3,3E5 MNP/kg. Les principales sources évoquées pour ces dernières étaient les dépôts atmosphériques pendant le séchage des feuilles, ainsi que l’usure des composants en plastique des machines utilisées pour les étapes de transformation. Les niveaux les plus élevés sont observés dans les sachets de thé en polymères synthétiques, libérant jusqu’à 1E10 particules par sachet (infusion à 95 °C). Les sachets en nylon non tissé semblent libérer plus de particules que ceux en nylon tissé. Les cordons de certains sachets, généralement en polypropylène, ajoutent une source supplémentaire de contamination. Cependant des écarts importants sont observés entre études, qui pourraient s’expliquer par des méthodes et des qualités de produits variables. Lien 1
Avis
France, cadmium, surveillance
En France, les conclusions de l’EAT3, rapportées dans le BuSCA 150, montrent que des dépassements de la dose journalière tolérable pour le cadmium sont encore observés pour une proportion non négligeable de la population. Dans ce contexte, l’Anses a publié un rapport d’expertise collective qui vise à prioriser les leviers d’actions identifiés pour réduire l’exposition de la population française au cadmium. Pour ce faire, l’ensemble des voies d’exposition ont été intégrées dans une modélisation qui permet d’évaluer l’impact des différentes mesures proposées sur les trajectoires d’exposition tout au long de la vie. Cinq cibles d’action ont été identifiées. Elles portent sur la réduction de l’exposition par voie alimentaire et par le tabagisme, la réduction de l’apport en Cd par les matières fertilisantes qui va de pair avec la promotion de l’évolution des pratiques agricoles, et enfin l’amélioration de la surveillance de la chaîne alimentaire, depuis les intrants jusqu’aux aliments distribués. Sur ce dernier point, il est par exemple recommandé de renforcer la surveillance en ciblant les aliments les plus contributeurs à l’exposition, la répartition actuelle des prélèvements étant principalement corrélée au volume de production en raison des exigences européennes. Lien 1
Le BuSCA est diffusé sous licence
CC BY-NC-ND 4.0
Groupes de Travail
Membres du Copil