BuSCA n° 155 - 30/04/2026
Editorial
Le comité de rédaction du bulletin de veille sanitaire internationale de la Plateforme de surveillance de la chaîne alimentaire (SCA) vous présente l’actualité de la quinzaine passée dans le domaine, avec notamment un nombre de cas inhabituel d’intoxication à Salmonella bovismorbificans en Europe, un article sur les transferts de plastifiants d’emballage de poissons et une revue sur la présence de mycotoxines dans les produits fermentés. Bonne lecture !
Biologique
Étude
Chine, bactéries pathogènes, épices
Dans une étude, 784 échantillons d’épices prélevés au stade de la distribution dans la ville de Pingliang entre 2020 et 2024, ont été analysés pour la recherche de bactéries pathogènes d’origine alimentaire. Le taux global de détection des agents pathogènes était de 13,7 %. Les catégories les plus fréquemment contaminées étaient les épices (37,7 %), les produits aquatiques (17,1 %) et les produits carnés (14,3 %). La prévalence de Cronobacter sakazakii dans les épices a atteint 18,0 %. Le taux de résistance aux antibiotiques de Salmonella spp. dépassait 60 % pour l'ampicilline, la céfazoline, l'acide nalidixique et la tétracycline, avec un taux de multirésistance de 83,33 %. Lien 1 L’Anses a produit une fiche danger pour Cronobacter spp. Lien 2
Évènement
Allemagne, Salmonella enterica Bochum, pâte à tartiner noisette-nougat
En Allemagne, 40 cas de salmonellose concernant principalement des enfants et des adolescents ont été signalés. Des entretiens et une étude cas-témoins ont permis d'identifier une pâte à tartiner à base de noisette et cacao comme source d'infection. Salmonella enterica a également été détectée dans certains lots de cette pâte lors d’autocontrôles effectués par le fabricant. Lien 1
Étude
Irlande, Finlande, Royaume-Uni, Salmonella bovismorbificans, graines germées
L’Irlande, la Finlande et le Royaume-Uni ont signalé 48 cas d’infection à Salmonella bovismorbificans entre janvier et avril 2026, cinq personnes ont été hospitalisées. Les personnes infectées étaient des adultes, dont 71 % étaient des femmes. La Finlande a indiqué une émergence inhabituelle de ce sérotype. Les enquêtes épidémiologiques menées dans ces trois pays indiquent que des graines germées de différentes variétés seraient le facteur alimentaire commun. Une notification au RASFF (2026.3378) a été émise, elle indique une provenance des graines germées d’Italie. Lien 1
Étude
Royaume-Uni, bactéries pathogènes, salades
Une enquête sur la qualité microbiologique des salades a été menée entre avril 2023 et mars 2024 au Royaume-Uni. Au total 2 495 échantillons de salades prêt à manger ont été collectés au stade de la distribution et analysés. Salmonella Typhimurium a été détectée dans un échantillon (0,04 %), sans lien avec des cas humains. L'ADN du gène stx (codant pour la shiga-toxine) a été identifié dans 26 échantillons et la présence d'E. coli entérohémorragique (EHEC) a été confirmée dans trois échantillons (0,1 %). Listeria monocytogenes n'a pas été détectée. Des staphylocoques à coagulase positive ont été mis en évidence dans 31 échantillons (1 %), sans qu'aucune concentration ne dépasse la limite de 4,0 log UFC/g. Des concentrations supérieures à 5,0 log UFC/g de Bacillus cereus présumé ont été retrouvées dans 11 échantillons (0,4 %) et des concentrations supérieures à 2,0 log UFC/g d'Escherichia coli dans 33 échantillons (1 %). Au total, 2 % des échantillons ont été jugés de qualité microbiologique insuffisante. Lien 1
Étude
Monde, Streptococcus agalactiae ST283, poisons d’eau douce
Une revue a synthétisé les connaissances actuelles sur Streptococcus agalactiae ST283, un agent pathogène émergent représentant un enjeu important de santé publique. Entre 2015 et 2026, ST283 a été principalement détecté en Asie du Sud-Est. Seuls cinq cas d’infections invasives à ST283 ont été signalés chez l’humain en dehors de cette zone géographique : deux cas en France, un au Royaume-Uni, un aux États-Unis et un aux Pays-Bas, ces cas étaient souvent liés à des voyages en Asie ou des aliments importés d’Asie. La plupart des cas humains sont liés à la manipulation de poisson d’eau douce ou à la consommation de poissons crus. Les espèces les plus fréquemment liées aux cas humains sont la carpe et le poisson à tête de serpent. Lien 1
Chimique
Étude
Monde, éléments traces métalliques, riz
Une méta-analyse a examiné 55 études internationales publiées jusqu'en octobre 2024, traitant de la présence d'éléments traces métalliques dans le riz. Les données proviennent principalement de pays producteurs majeurs (Chine, Inde, Bangladesh, États-Unis), avec une dominance d’échantillons de riz brun (73 %). Les concentrations moyennes observées dans les grains atteignent 0,27 mg/kg pour l’arsenic total, 0,11 mg/kg pour le cadmium et 1,06 mg/kg pour le plomb. Des dépassements des seuils réglementaires européens ont été observés pour l’arsenic inorganique (Asi) (0,58 mg/kg), le cadmium (0,71 mg/kg), le plomb (jusqu’à 11 mg/kg), le chrome (13,6 mg/kg) et le mercure (2,15 mg/kg). Certaines pratiques de gestion de l’eau (inondation non continue) permettent de réduire l’absorption par le riz d’éléments traces métalliques (Asi, Hg, Pb) mais pourraient entraîner une augmentation des concentrations de cadmium et de nickel. Lien 1
Étude
Espagne, plastiques, poissons
La migration de quatre classes de plastifiants depuis les matériaux d’emballages vers des poissons frais et des produits de la mer collectés au stade de la distribution à Barcelone en février 2025 a été étudiée. Il s’agit des phtalates (PAE), des non-phénols (NPP), des bisphénols (BP) et des oléorésoxyphosphates (OPE). Au total 34 plastifiants sur 49 recherchés ont été quantifiés dans les emballages, avec une concentration totale moyenne de 1 603 ng/g de poids sec, et un maximum de 52 246 ng/g dans un plateau en polystyrène. Dans les 22 échantillons de poissons (saumon, thon, merlu), 23 composés sur 49 ont été détectés dans les chairs ; les concentrations maximales observées étaient de 243 ng/g de poids frais pour les PAE, 358 ng/g pour les NPP et de 54,0 ng/g pour les BP, tandis qu’elles étaient inférieures à la limite de quantification pour les OPE. Les transferts les plus marqués concernaient l’adipate de di(2-éthylhexyle) (DEHA), le phtalate de dihexyl (DHexP) surtout après congélation prolongée, et les bisphénols (BPA/BPB), avec des profils dépendant fortement du type d’emballage, du temps/température de stockage, ainsi que de la teneur en lipides et en eau du poisson. La teneur en lipides a joué un rôle clé dans la migration de composés hydrophobes tels que le DEHA, tandis que la teneur en eau a influencé la migration des bisphénols. Lien 1
Étude
Italie, dioxines, aliments pour animaux et destinés à la consommation humaine
Une étude a évalué la contamination par les polychlorodibenzodioxines et polychlorodibenzofuranes (PCDD/F) ainsi que des polychlorobiphényles (PCB) dans 390 aliments pour animaux et 1 756 échantillons d'aliments prélevés dans le Latium et en Toscane entre 2016 et 2025. Un seul échantillon (ensilage d’orge) destiné aux animaux et huit échantillons d’aliment destinés à la consommation humaine étaient non conformes, dont six dépassaient la limite fixée pour les PCB. Les aliments pour l'aquaculture affichaient les concentrations en dioxines les plus élevées, tandis que les aliments pour bovins présentaient les concentrations les plus faibles. La contamination est restée stable entre 2016 et 2025. Lien 1
Étude
Allemagne, résidus d’antibiotiques, crevettes
En 2025, un laboratoire vétérinaire allemand a analysé 96 échantillons de crevettes d’aquaculture importées pour rechercher des résidus d’antibiotiques ; six échantillons (6,2 %) présentaient des concentrations supérieures aux limites de détection dont trois ont été jugés non conformes, tous originaires du Vietnam. Un métabolite de la furazolidone, (nitrofurane interdit), le 3-amino-2-oxazolidinone (AOZ) a été mesuré dans un échantillon de crevettes à une concentration considérée comme préjudiciable à la santé ; deux autres lots dépassaient les limites maximales de résidus pour des antibiotiques autorisés, notamment doxycycline, sulfadiazine et oxytétracycline. Les échantillons provenaient d’Inde (31 %), du Vietnam (23 %), de l’Équateur ou du Venezuela (19 %) et du Bangladesh (15 %) ; aucune tendance à la baisse n’a été observée par rapport aux années précédentes. Lien 1
Étude
Monde, mycotoxines, produits fermentés d’origine végétale
Une revue a mis en évidence, à partir de données de surveillance de plusieurs pays, des niveaux préoccupants de mycotoxines dans des matrices végétales fermentées. Les plus fortes contaminations ont été rapportées dans le riz rouge fermenté, en particulier pour la citrinine qui peut atteindre 25 100 µg/kg (la limite autorisée étant de 100 µg/kg (Règlement (UE) n°2019/1901). Le doenjang coréen (condiment à base de grains de soja fermentées) présentait également des taux d'aflatoxines allant jusqu'à 273 µg/kg et d'OTA atteignant 46 µg/kg, dépassant les normes coréennes. D’autres matrices fermentées présentaient des contaminations variables : bière (Alternariol : 8,8 - 49,8 µg/kg), café (OTA jusqu’à 10,6 µg/kg), fromages végétaux (roquefortine C jusqu’à 1 660 µg/kg). Les mycotoxines peuvent provenir des matières premières et également apparaître lors de la fermentation, suite à une contamination environnementale ou à l'utilisation de ferments. Lien 1
Étude
Brésil, ciguatoxines, poissons d’eau de mer
Une investigation menée en 2022 a confirmé la présence de ciguatoxine CTX1 dans des échantillons de barracudas (Sphyraena) et de sérioles (Seriola dumerili) provenant de Fernando de Noronha, associés à des cas d’intoxication alimentaire. Ces résultats fournissent la première confirmation analytique de l'existence de certaines ciguatoxines au Brésil déjà signalées dans les Caraïbes et l'Atlantique Est. Lien 1
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CC BY-NC-ND 4.0